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  Le bienheureux Pie IX
"protecteur" du Séminaire
 

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Le 3 septembre 2000 a été célébrée à Rome la béatification de Pie IX, le Pape du Dogme de l'Immaculée Conception (1854), du Syllabus (1864) et du Concile Vatican I (1869-1870), titulaire en outre du Pontificat le plus long de l'histoire de l'Église : 32 ans, de 1846 à 1878.

L'événement n'a pas manqué de soulever une polémique sur laquelle on ne reviendra pas ici, conseillant à ce propos la lecture d'un bon article d'Yves B RULEY, « Pie IX, Pape controversé », dans
le N° 5 (novembre 2000) de la revue Histoire du Christianisme Magazine.

Notre propos sera plus simplement de rappeler combien notre Séminaire est redevable au Bienheureux Pontife d'une attention paternelle, d'une bienveillance et d'une générosité qui ont marqué les temps de sa fondation et de son premier développement.

Pie IX, tout d'abord, ayant eu vent des projets de fondation d'un Séminaire Français à Rome, avait compris qu'il y avait là une occasion à encourager de resserrer les liens entre le clergé de France et le Saint-Siège, et suivait attentivement les progrès de l'affaire, rassu­rant en particulier, dès son arrivée en 1853, le P. Louis-Marie LANNURIEN, et par conséquent, la Congrégation du Saint-Esprit, du vif intérêt qu'il portait à son projet. Il le conseilla même, en plus d'une circonstance, pour l'aider à porter son choix vers une maison qui convienne. Ce soutien explicite au projet des Spiritains donnait par ailleurs le coup de grâce aux tentatives parallèles qui avortèrent à la même époque.

Durant la première année de leur résidence dans l'ex-collège Irlandais de la salita del Grilo, que la Congrégation du Saint-Esprit avait d'abord acheté pour réaliser cette fondation, les premiers élèves et Pères du Séminaire Français (15 personnes au total) furent reçus par Pie IX en audience privée (1 er décembre 1853). Le Pape leur dit notamment : « Si douze apôtres ont suffi pour convertir le monde, que ne feront pas quinze bons prêtres pour la France ? » Sur une demande du P. L ANNURIEN, Pie IX ouvrit, cette même année une chaire de droit canonique au Séminaire romain de l'Apollinaire, chaire qui devait acquérir plus tard une grande célébrité. Le jeune supérieur décéda le 6 septembre 1854, 3 mois avant que Pie IX ne proclamât le dogme de l'Immaculée Conception, pour lequel il avait milité activement. La seconde année universitaire du Séminaire Français fut donc la première du long supériorat du P. Melchior FREYD, qui bénéficia lui aussi de toute la confiance du Pontife régnant. La pre­mière préoccupation du P. FREYD fut de faire aboutir les recherches déj à engagées par son prédécesseur, en vue d'acquérir une maison plus grande. Il trouva l'ancien couvent de Santa Chiara à l'automne 1855 : ces bâtiments privés étaient mis en vente suite à l'écroulement de la chapelle attenante. A ce moment, l'à-propos, la bienveillance et la générosité de Pie IX se manifestèrent plus clairement encore : lorsque le P. F REYD alla le consulter au sujet de cette acquisition, il le prévint en souriant : « Je sais ce que vous voulez ache­ ter : vous ignoriez que je vous faisais suivre par ma police secrète. Eh bien ! volontiers, je vous permets de faire l 'ac­ quisition de l 'ancien couvent de Sainte-Claire ; mais vous devrez continuer à louer les boutiques du rez-de-chaussée, pour ne pas priver de leur pain les pauvres gens qui font leur commerce dans ce quartier. » Par ailleurs, le 9 avril 1856, il fit don, par un motu proprio, du terrain et des ruines de l'ancien édifice sacré afin qu'on élevât à cet endroit « une nouvele église où les élèves puissent remplir les fonctions sacrées ». Tel fut le premier acte officiel du Saint-Siège en faveur du Séminaire Français.

Le second devait suivre bientôt : le 14 juillet 1859, par la bulle In sublimi, Pie IX répondit de la façon la plus solennelle à la requête de l'épiscopat français, approuvant et confirmant de l'autorité suprême du Siège Apostolique le Séminaire Français de Rome, et sanc­tionnant les règles fondamentales qui devaient le régir. Cette bulle confiait en outre, à perpétuité le gouverne­ment, l'administration et la direction de ce Séminaire à la Congrégation du Saint-Esprit, sous le patronage immédiat du cardinal-vicaire de Sa Sainteté. La prédi­ lection personnelle du Pape pour cette institution y était par ailleurs clairement exprimée, puisqu'il manifeste en cette bulle sa grande joie de la voir s'établir, et l'es­poir qu'il y fonde de grands bienfaits « pour le monde catholique et en particulier pour les Églises de France ». Il félicitait, du même coup, les évêques français et les encourageait à y envoyer leurs jeunes clercs, afin de se rattacher, avec leurs diocèses, « par des liens toujours plus étroits de foi, d 'amour et d'obéissance à la Chaire de Pierre, centre de l'unité catholique ». A la rentrée suivante, toute la communauté fut reçue en audience. C'était le 28 octobre 1859. Le Pape dit alors : « il faut qu'ils apprennent à Rome la sainteté, la science et l'unité ; unitas vis fortior, unitas vis fortior ».

Durant la même année universitaire, le 17 mars 1860 au matin, il rendit finalement lui-même visite à Santa Chiara. Au Supérieur qui s'excusait de le rece­voir dans un aussi humble maison (les bâtiments tels que nous les connaissons n'existaient pas encore), Pie IX répondit : « Elle est petite matériellement, mais grande par ceux qui l'habitent. » Il dit également, dans notre langue, qu'il ne doutait pas du profond attachement des membres de cette communauté au Saint-Siège, et que pour répandre en France cet attachement, il faudrait – il reprenait ainsi son exhortation de la précédente audience – que tous demeurent bien unis entre eux et avec leurs évêques : « C'est l'esprit d'union qui rendra la France religieuse forte et puissante contre toutes les attaques. Oh ! Il me semble être en ce moment dans cette France que j'aime tant. Au milieu des bons Français comme vous, mes chers fils. Nous ne devons plus rien craindre, Dieu sera avec Nous… ». Rappelons à ce propos que Pie IX, depuis alors 15 ans, devait son retour et maintient à Rome, suite à l'insurrection de 1848, à un corps expéditionnaire français. En 1860, ses États sont menacés au sud par les volontaires de Garibaldi, déjà maîtres du royaume de Naples, et au nord par les trou­pes du roi de Piémont-Sardaigne, Victor-Emmanuel II. Pendant 10 ans, les territoires pontificaux, vite réduits au seul Latium, seront essentiellement défendus par « des bons Français » (ou des Belges), et ce jusqu'à ce que la ville ne capitule, sur ordre du Pape, le 20 septembre 1870.

Mais revenons à notre 17 mars 1860. Ce jour-là, Pie IX voulut encore visiter toute la maison de Santa Chiara, en particulier la chapelle, dont le gros œuvre était achevé depuis peu ; il exprima le souhait de pou­voir bientôt donner l'autorisation d'y célébrer la pre­mière messe — ce qu'on lui demanderait finalement en novembre 1861, et à quoi il accéderait sans aucune difficulté. Plus tard dans la journée, Pie IX, revenu au Vatican, envoya porter au Supérieur du Séminaire un calice en argent doré pour lui prouver combien il avait été content de sa visite du matin. De telles attentions de sa part avaient déjà eu lieu et se reproduiraient sou­vent : albums, collections de livres, beaux tableaux et objets de culte, crucifix, statues, et même des gourman­dises ont ainsi témoigné matériellement d'une véritable sollicitude paternelle, jamais démentie, du Pape envers la jeune institution. Signalons que le souvenir de sa visite de 1860 figure encore aujourd'hui sur une plaque commémorative, au rez-de-chaussée de notre maison, au-dessus de la porte de la salle justement dénommée « Bienheureux Pie IX ».

L'invitation faite aux évêques de France d'envoyer des séminaristes à Rome fut réitérée plusieurs fois par notre Pape ; notons en particulier une lettre qu'il leur adressa à l'occasion des fêtes centenaires en l'honneur des Apôtres Pierre et Paul célébrées en 1867. Le concile de la région de Bordeaux, réuni à Poitiers l'année sui­vante, reçut explicitement cette invitation, les évêques concernés se déclarant heureux d'envoyer à Rome quel­ques-uns de leurs jeunes clercs. Ces derniers firent sans doute partie des séminaristes, alors une cinquantaine, qui furent reçus en audience le 25 novembre 1868.

L'ambiance était à l'affection et à la bonhomie : Pie IX demanda à l'un des élèves, ancien médecin, de lui tâter le pouls, et plaisanta un autre, qui venait de quitter les zouaves pontificaux pour entrer au séminaire (il s'agis­sait du futur P. LE TALLEC, s.j., professeur à l'Institut Catholique de Paris).

Pendant le Concile Vatican I, un grand nombre d'évêques français reçut l'hospitalité à Santa Chiara, qui devint le principal centre du groupe « ultramontain ». Parmi eux Monseigneur PLANTIER, l'évêque de Nîmes, tombé malade, eut la surprise de voir entrer dans sa chambre le Pape lui-même, venu lui rendre visite.

La communauté bénéficia encore de trois audien ­ces avant la fin du Pontificat : les 11 juin et 11 novem­bre 1875, et le 23 novembre 1876, jour où Pie IX s'écria en découvrant la nombreuse troupe : « Ecco il Seminario Francese : iam non amplius pusilus grex, sed grex magnus ». Et à nouveau, il se montra très paternel.

Ce ne fut pas lui, cependant qui donna au Séminaire son rang pontifical, mais son successeur, Léon XIII, par le bref Cum nihil du 20 juin 1902.

Ce bref survol historique est l'occasion de nous remémorer tout le bien que nous devons à un pasteur que l'Église nous recommande désormais comme inter­cesseur et protecteur au Ciel. Il avait suscité chez nos prédécesseurs une profonde et réelle dévotion filiale envers sa personne ; aujourd'hui proclamé Bienheureux, il peut a fortiori recevoir les gages de notre piété et reconnaissance envers lui, en particulier par une quête active, de notre part, de cette vertu à laquelle les pre­miers élèves du Séminaire Français furent exhortés directement par lui : l'unité.

Matthieu DELESTRE, c.o.


Bibliographie

Alphonse ESCHBACH, C.S.Sp., Le Séminaire Pontifical Français de Rome. Ses premiers cinquante ans (1853-1903), Rome 1903.

Arthur d'ESPRÉES, « Le Séminaire Français de Rome », in Rome. Revue mensuele ilustrée, 88 (1911). Jean-Baptiste F REY, C.S.Sp. Le Séminaire Français de Rome. Notice historique, Rome 1924. I D ., Le Saint-Siège et le Séminaire Français de Rome. Lettres et alocutions pontificales, Rome 1935. H. C OURNOL, C.S.Sp., Marie et le Séminaire Français de Rome. Notes historiques, Rome 1937.

 

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Cette page a été actualisée le jeudi 12.07.2007