L'Osservatore Romano
L'édition mensuelle en langue française publie l'article du Père Olivier de Rubercy :
Des prêtres frères, missionnaires et synodaux...
Février 2026
Le Pape Léon XIV a choisi le 60e anniversaire des Décrets conciliaires Optatam totius et Presbyterorum ordinis pour mettre en lumière, dans sa récente Lettre apostolique «Une fidélité qui génère l’avenir», l’importance et la nécessité du ministère des prêtres. Ces deux documents, le premier sur la formation des prêtres et le second sur le ministère et la vie des prêtres, «conservent au fil du temps, une grande fraîcheur et une grande activité» (n. 2). C’est pourquoi, il nous dit: «J’invite donc à en poursuivre la lecture au sein des communautés chrétiennes, et leur étude, dans les séminaires en particulier» (n. 2). Ce qu’écrivaient les Pères conciliaires dans l’intention de former les futures générations de prêtres, peut aujourd’hui encore redynamiser leur ministère à condition de «reconsidérer ensemble, l’identité et la fonction du ministère ordonné à la lumière de ce que le Seigneur, demande aujourd’hui à l’Eglise, en poursuivant la grande œuvre d’actualisation du Concile Vatican II» (n. 4). Telle est l’intention du -Pape lorsqu’il reprend les mots d’Optatam totius pour affirmer que «le renouveau de l’Eglise entière, souhaité par tous, dépend pour une grande part du ministère des prêtres animé par l’Esprit du Christ».
Le mot clé qui parcourt la Lettre est celui de fidélité: «une fidélité qui génère l’avenir» (n. 1). Léon XIV invite à contempler la fécondité de cette fidélité tout en exprimant sa gratitude pour le témoignage et le dévouement des prêtres qui, partout dans le monde, offrent leur vie (n. 4). Mais comment le prêtre peut-il rester fidèle au long des années? Il se sait pauvre et pécheur. Il n’ignore pas la grave crise que traverse l’Eglise en raison des abus commis par les prêtres. Il connaît aussi la douloureuse réalité de ceux qui abandonnent le ministère. Quant aux formateurs de prêtres, ils s’interrogent aussi. Comment accompagner les séminaristes, de sorte que le moment de l’ordination venu, ils s’engagent au célibat pour Dieu en toute connaissance de cause, et que la promesse de fidélité exprimée à l’évêque, soit une promesse tenue jusqu’au bout.
Le Souverain Pontife invite à faire toujours mémoire du premier appel: «La fidélité à la vocation, surtout dans les moments d’épreuve et de tentation, se renforce lorsque nous n’oublions pas cette voix. L’écho de cette voix est, au fil du temps, le principe de l’unité intérieure avec le Christ » (n. 5). Se maintenir dans la fidélité, tel est le défi que le prêtre doit relever au long des années. Il y parvient, non pas en s’ap-puyant sur ses seules dispositions, ni même en comptant sur le soutien de ses confrères prêtres ou de ses amis. Rappelant que «toute vocation est un don du Père qui demande à être gardé fidèlement dans une dynamique de conversion permanente» (n. 7), Léon XIV affirme que: «L’obéissance à l’appel se construit chaque jour» (n. 7). Ainsi, ce que le séminariste s’efforce d’acquérir pendant ses années de formation, sont autant de points d’appui sur lesquels il pourra compter plus tard, lorsqu’il sera engagé dans le ministère presbytéral. Son engagement quotidien de prière, son écoute attentive de la Parole de Dieu, sa vie sacramentelle et en particulier sa participation active à l’Eucharistie et sa fréquentation du sacrement du pardon, structurent sa vie spirituelle en lui donnant une assise solide.
A présent, retenons plus particulièrement trois enseignements présentés dans cette Lettre: la formation permanente, la fraternité sacerdotale et l’acquisition d’un esprit missionnaire et synodal.
La formation permanente
et continue
Ce que l’Apôtre disait à son fils spirituel: «Voilà pourquoi, je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains» (2 Tm 1, 6), est un encouragement adressé aujourd’hui à «tous les prêtres à prendre soin en permanence de leur formation, afin de maintenir vivant le don de Dieu reçu par le sacrement de l’Ordre» (n. 8). La formation reçue au séminaire ouvre «la voie à une formation continue et permanente, de manière à cons-tituer un dynamisme de renouveau humain, spirituel, intellectuel et pastoral constant» (n. 7). Aujourd’hui, des efforts sont déployés dans les diocèses pour offrir aux prêtres des possibilités concrètes de se former. La formation permanente s’impose de plus en plus comme une nécessité et même un impératif. Elle n’est pas à considérer comme l’acquisition de nouvelles connaissances qui s’ajouteraient aux anciennes. Elle se présente davantage comme le déploiement dans le temps de la grâce de l’ordination presbytérale. Il s’agit de «maintenir vivant le don de Dieu reçu par le sacrement de l’ordre» (n. 8). Pour y parvenir, les prêtres doivent pouvoir -compter sur la sollicitude paternelle de leur évêque et sur le développement de propositions concrètes à l’échelle du diocèse ou de la province ecclésiastique. Pour tendre vers cet objectif, il est nécessaire que des prêtres reçoivent mission de leur évêque pour exercer ce ministère de formation permanente auprès de leurs confrères et qu’ils se forment eux-mêmes pour cela. Le Pape cite une proposition récente, celle du Congrès pour la formation permanente des prêtres au Vatican en février 2024 (n. 8). D’autres initiatives plus modestes peuvent être citées, comme celle du Séminaire pontifical français (voir encadré) qui chaque année en février, propose une semaine de session de formation sur des thèmes aussi variés que «le discernement pastoral» (2023), «la sainteté du prêtre diocésain» (2024), «le prêtre, homme d’espérance» (2025) et «Prêcher à temps et à contretemps» (2026). Comme autres propositions, citons les colloques qui se tiennent à Ars à l’initiative de la Société Jean-Marie Vianney. Pourquoi ne pas proposer davantage aux prêtres des temps de relecture spirituelle, comme cela se fait par exemple dans les centres spirituels ignatiens? Rien ne remplacera la volonté personnelle du prêtre et son désir de se former et de se ressourcer en vue de mieux répondre aux défis missionnaires auxquels il est chaque jour confronté.
La fraternité sacerdotale
Il est heureux que cette exigence de fraternité soit présentée comme inhérente à la vie du prêtre: «La fraternité presbytérale doit donc être considérée comme un élément constitutif de l’identité des ministres» (n. 16). Un sage équilibre est à rechercher entre l’appartenance à Dieu et les temps de solitude que le prêtre s’accorde pour nourrir son attachement au Christ, l’appartenance au presbyterium qui se concrétise par un ministère exercé en bonne intelligence pastorale avec ses confrères prêtres ainsi que par des temps fraternels et enfin l’appartenance au peuple de Dieu et en particulier à la communauté chrétienne au service de laquelle il se donne. A l’occasion du Jubilé de l’espérance, certains évêques sont venus en pèlerinage à Rome avec des prêtres de leur presbyterium. En pareille cir-constance, l’évêque fait le choix de nourrir la vie fraternelle de ses prêtres, par une expérience concrète qui rejoint la sage recommandation de saint Ignace d’Antioche: «Il convient de marcher d’accord avec la pensée de votre évêque, ce que d’ailleurs vous faites. Votre presbyterium justement réputé, digne de Dieu, est accordé à l’évêque, comme les cordes à la cithare. Ainsi, dans l’accord de vos sentiments et l’harmonie de votre charité, vous chantez Jésus-Christ. […] Il est donc utile pour vous d’être dans une inséparable unité, afin de participer toujours à Dieu» (n. 19).
L’acquisition d’un esprit missionnaire et synodal
Enfin je retiens un troisième thème: former des prêtres pasteurs et missionnaires qui fassent «l’expérience de la fécondité d’un style synodal d’Eglise» (n. 21). Pour y parvenir, le prêtre s’efforce d’articuler sa vie et son ministère, selon «trois coordonnées fondamentales: la relation avec l’évêque… la communion sacramentelle et la fraternité avec les autres prêtres… la relation avec les fidèles laïcs…» (n. 20). A ces coordonnées, s’ajoute cette recommandation: «Au lieu de dominer ou de concentrer toutes les tâches sur eux-mêmes, ils découvriront et discerneront dans la foi les charismes des laïcs sous toutes leurs formes, des plus modestes aux plus éminents» (n. 20). Avec réalisme, le Pape ajoute: «Il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine» (n. 21). Par son positionnement face à la communauté, le prêtre qui représente sacramentellement Jésus-Christ Tête et Pasteur, peut tomber dans les travers «d’un leadership exclusif qui détermine la centralisation de la vie pastorale et la charge de toutes les respon-sabilités confiées à lui seul…» (n. 22). Avec sagesse et prudence, à l’écoute de la Parole de Dieu et guidé par l’Esprit Saint, le prêtre cherchera au contraire à adopter «une conduite toujours plus collégiale dans la coopération entre les prêtres, les diacres et tout le Peuple de Dieu, dans cet enrichissement mutuel qui est le fruit de la diversité des charismes suscités par l’Esprit Saint» (n. 22).
Plein de confiance dans l’avenir, Léon XIV aspire à «une Pentecôte vocationnelle renouvelée dans l’Eglise, suscitant des vocations saintes, nombreuses et persévérantes au sacerdoce ministériel, afin que les ouvriers ne manquent jamais pour la moisson du Seigneur. Et puisse se réveiller en chacun de nous la volonté de nous engager pleinement dans la promotion des vocations et dans la prière constante au Maître de la moisson» (n. 28).
Dans l’élan apporté par le Jubilé de l’espérance, que l’Eglise avance avec confiance sur les chemins de la mission, en puisant dans le cœur de Jésus et dans l’Eucharistie, l’amour dont Dieu la comble par son Esprit.
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